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  • Simon-Pierre Verrey

Mémoires à oublier

Ils courent toute leur vie sans jamais savoir après quoi ils courent.

Tous nous courons vers l’amour. L’amour de soi, l’amour de l’autre. La réussite sociale, c’est une recherche de fierté, soit de l’amour pour soi. Le blé, le pognon, c’est un moyen d’obtenir des objets et des instants, qui procurent du contentement, qui amènent du plaisir, et le plaisir c’est s’honorer et c’est de l’amour de soi. Ma réflexion n’aide pas à vivre, ce sont des maximes que tout le monde éprouve certes, mais qui n’amène pas de solution à un problème qu’on peut avoir. On pourrait penser que prendre conscience qu’on coure après l’amour aide à revenir à l’essentiel, de quitter le "toujours plus », "toujours plus vite" qui mène à l’auto-destruction, mais cela dépend uniquement de ce qu’on compte faire de cette prise de conscience. Elle peut tout-à-fait légitimer le viol par exemple.


Il y à donc une autre prise de conscience fondamentale, que Bert Hellinger appelait l’Ordre. L’Ordre définit un cadre. Il est le récipient qui donne forme à l’amour. Sans celui-ci, l’amour se répand tel une flaque d’eau. Et l’ordre c’est de la contrainte. Dans le meilleur des cas, cette contrainte est heureuse, et nous procure une grande satisfaction: vous n’êtes pas sans savoir que vous allez mourir un jour. Et bien quelle chance, sachant que vous êtes anatomiquement en état de dégradation constante dés l’âge de 25 ans. Quel soulagement! L’ordre qui régit la vie humaine se compose de la naissance, le temps entre la naissance et la mort, et la mort. (Subsistent évidemment deux grands mystères: avez-vous une existence avant la naissance (votre conception) et la mort?) Ils courent toute leur vie car ils savent qu’elle s’arrête, ils courent aussi vers leur mort. C’est pourquoi dans le fond nous devons donner pendant notre vie le meilleur de nous-même, tenter de vivre le meilleur. Et de cela naît beaucoup d’amour. Il nous est seulement permis de vivre, et c’est un cadeau!


Il y à également des contraintes difficiles. Ce sont les contraintes réelles, Celles que l’on croise à chaque instant dès que se présente quelque chose de différent de soi, à un Autre. Les contraintes difficiles, c’est de vivre en démocratie par exemple. À contrario du fascisme. C’est de respecter la parole d’un autre alors qu’elle va à l’encontre de ce que nous pensons. Et c’est ici que naît ma douleur. Ici aussi que peuvent et doivent s’effacer un certain nombre de mes illusions, de mes attentes… Non je ne vais pas pouvoir convaincre. Ni changer. Et j’observe que même si je m’accommode du fait que nous ne soyons pas d’accord, j’exclue l’autre et ne peux vivre à ses côtés et rester malgré tout. Mon besoin d’harmonie et de liberté est bien trop fort. Et pour ça j’en paie le prix tous les jours. Et de là vient ma dépression. Mes larmes et ma douleur s’exprimant et qui petit à petit finissent par m’apaiser.


Je ne fais que me détendre pourtant. Et l’ordre n’a pas changé, dans un instant je serais encore plus proche de ma mort. Devant ce merveilleux atlas de la difficulté de vivre, on peut s’interroger sur la valeur des gens, des événements et de choses. Qui peut prétendre pouvoir en juger? C’est pourquoi depuis toujours je tente de voir le plus merveilleux en chaque chose, chaque être, chaque événement, et pleure mon désespoir.



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